I-E-V : Intro-Extra-Version. Ici je vous livre mes états d'âme, mes joies ou mes déceptions...quelques photos...des textes...ma vie de tous les jours...journal intime ou thérapie en ligne?
La suite de l’histoire commencée ailleurs.
Depuis quelques mois maintenant, Snäll s’est habitué à sa vie ici, quelques mètres carrés, une petite cabane et une gamelle. Ces pas grand-choses sont à lui, il y tient. Pour compagnon une petite souris a élu domicile dans sa paille.
Les visites rendues sont ses lueurs dans le quotidien. Parfois il se passe des journées sans que rien n’arrive. Il suit le rythme des repas, alors son seul réconfort.
Il a droit à quelques ballades avec ses amis, parfois même on prend tellement soin de lui qu’il se demande pourquoi on lui accorde tant de privilèges.
Les gens sont gentils, il aime tellement ça mais il a peur de s’attacher trop, pourtant il ne lutte pas vraiment contre non plus. Il a le cœur voguant et il lui faut des amarres. Pas vraiment malgré lui, il s’attache aux uns et aux autres. Il attend, espérant que chaque jour il pourra voir quelqu’un qu’il aime, ou tout au moins avoir un petit signe, aussi infime soit-il. Il passe ses jours et ses nuits perdus dans ses pensées. Il est triste, il se sent seul la plupart du temps. Parfois tellement triste qu’il voudrait ne jamais être arrivé sur cette terre qu’il aime tant.
Couché là, il voit passer sur la grande route tout un tas de petites voitures bleues. Il repense alors au passé. Juste quelques mois après... tout lui semble tellement loin.
Il a du mal croire que les parties de ballon dans le jardin, les courses folles dans la neige, les ballades au bord de l’eau, les câlins sur le canapé n’ont pas été qu’un rêve. Il ne peut croire que les blanches mains qui le caressaient sont les mêmes qui l’ont laissé là, qui l’ont écarté du chemin sans se soucier qu’il se perde, sans plus penser à lui.
Parfois il se dit qu’il pourrait encore pardonner si on venait le rechercher. C’est tellement dur d’être seul et il a tellement cru que c’était pour la vie et que toutes les promesses qu’on lui a faites n’étaient aussi éphémères que la rosée du matin.
Il imagine que passant devant lui, dans la voiture, se trouve papa et qu’il rit de savoir son ancien chien dans une petite cage, tout seul alors que lui continue sa vie, sans se soucier du devenir de la brave bête. Snäll découvre la rancœur et les envies de vengeance. Mais il sait qu’il n’y pourra jamais rien et qu’il vaut mieux oublier, passer à autre chose sans s’appesantir sur ce que devient son ancienne famille.
Snäll essaie de lutter contre sa nature et de se faire des amis, de plus en plus nombreux. Snäll se dit que surement quelque part, il y a quelqu’un comme lui, un autre lui-même, pas vraiment lui mais si semblable qu’ils se comprendraient sans parler. A force d’échange Snäll découvre que les autres ne sont pas si méchants, ni si effrayants qu’il le pensait.
Dans sa cage, Snäll croit qu’il va passer le reste de sa vie. Il est parfaitement impensable que quelqu’un lui ouvre sa porte pour toujours, pour longtemps. Peut être qu’un jour il changera de cage pour une autre, dans un autre coin mais il croit qu’il sera toujours tout seul.
Parmi ses nouveaux amis, quelques uns, qu’il peut compter sur les ongles d’une patte, semblent sincèrement se soucier de lui et plus étonnant encore semblent le comprendre. Une qu’il voit presque toutes les semaines est si gentille qu’elle trouve sans se tromper les mots pour redonner du baume au cœur du chien. Sous la fourrure et l’apparence elle voit le petit chiot blessé, elle sait parler à celui qui a voulut faire confiance, elle sait les caresses qui réparent le cœur. Snäll déteste les semaines où il ne voit pas sa nouvelle amie, il se sent perdu, abandonné. Quand elle est là près de lui, qu’elle lui parle de sa voix si douce il se dit qu’il l’aurait voulu comme Maman. Mais maman, elle l’est ailleurs, dans sa vie sans Snäll. Pourtant toujours elle répond présente, elle ne le laisse pas quand il va trop mal, quand il pleure et que même sa gamelle ne le réconforte plus, que même ses joujoux ne l’amusent plus, quand il est las de tout.
Alors que l’hiver est là, que Snäll a encore moins de choses à faire que d’habitude, qu’il a froid, il rencontre un nouvel ami. Tellement en besoin d’affection, Snäll ne met pas longtemps à accorder sa confiance et pourtant ce nouveau pourrait se montrer comme Papa, il y a un risque que Snäll envisage de prendre. Petit à petit et finalement si vite il échange des moments avec lui. Sans trop savoir comment un jour il se retrouve chez lui. Loin de sa cage, loin de son ancienne famille Snäll vient passer quelques jours puis quelques semaines. Snäll s’attache et finalement il est adopté. Il arrive dans une nouvelle demeure, plein d’appréhensions.
Dans sa nouvelle maison, Snäll a du mal à comprendre comment ça fonctionne. Il a gardé ses vieux réflexes et à la moindre chose qu’il fait, il baisse la tête et courbe l’échine. Mais ici, il n’y a personne qui lèvera la main sur lui. Ici, il n’y a pas plusieurs personnalités. Ici, les gens n’ont pas de saute d’humeur, ne passe pas du rire aux cris sans raison apparente. Ici, rien ne semble être de sa faute.
Dans son nouveau jardin, Snäll essaie de ne pas faire de bêtise. Et quand bien même, par mégarde, ça lui arrive, il n’est pas renvoyé dans son coin, on n’est pas fâché avec lui des heures ou des jours durant. Il ne connait pas les plantes et les animaux d’ici et on ne lui en veut pas de son ignorance.
Snäll est perdu devant tant de liberté. Il fait parfois des choses en ayant peur de ne pas avoir le droit. Mais il est libre ici. Snäll ne sait pas ce que veut dire : liberté et il ne sait que faire de tout ça, qui lui semble du vide. Il a du mal sans cadre, il a été conditionné et perdre ses conditionnements le déroute. Mais il sent bien au fond de lui que c’est le chemin nécessaire pour être enfin heureux.
Tous les jours ne sont pas roses, loin s’en faut. Parfois même ils sont tellement gris que Snäll se demande ce qui se passe. Alors il se tourne vers ses amis, toujours les mêmes qu’il a gardé, et attend des paroles rassurantes.
Le découragement pointe son nez, Snäll se replie sur lui-même, il ne sait plus que dire et que faire pour aller mieux. Il est tellement abattu quand la tristesse s’empare de lui qu’il ne sait même plus comment réagir, il ne sait plus faire face. Il ne peut comprendre que sur le chemin il y ait encore tant d’embuches,
Snäll doit apprendre l’indépendance mais il a du mal. Souvent il regarde autour de lui, se demande s’il rêve.
Le temps passe, 2 ans que Snäll a quitté sa famille. Maintenant le bonheur, il y croit. Des amis sont passés, d’autres sont restés, des nouveaux sont apparus. Il n’a toujours pas compris par quel miracle, quel principe dirigeait les relations mais il ne se laisse plus aller à l’amertume, aux regrets.
Dans l’ensemble Snäll est heureux, il a tout ce qui lui faut pour : de la tendresse surtout, de la compréhension, de l’affection qu’il rend autant qu’il peut, un toit et de quoi manger.
Manger, c’est peut être son plus gros défaut, il trouve dans la nourriture du réconfort, il s’en est servi au départ comme d’un pansement sur son cœur et maintenant il continue à se nourrir sans faim, à avaler sans fin et sans comprendre ce qui se joue là. Du coup, son poil est moins luisant et sa fougue est moins grande. Il ne peut plus courir, sauter, gambader comme par le passé. Il s’essouffle plus vite et sa prochaine étape, il le sait, est de retrouver la forme.
Il ne se sent pas encore bien dans sa peau de chien car plane par-dessus ce nouveau bonheur ses fantômes.
Dans ses rêves, dans ses pensées il revoit Papa, il ressent les blessures et il ne peut cesser de s’interroger. Ce que ne comprend toujours pas Snäll c’est pourquoi on lui a fait tous ses reproches, pourquoi on lui a dit que tout était de sa faute. Encore aujourd’hui, Snäll se demande s’il n’y avait pas une part de vérité là dedans et pire que tout il se dit qu’il a rêvé, il se dit que sa mémoire le trahit et exagère ce qu’il a pu subir. Snäll pense que Papa ne pouvait pas être si méchant, qu’il agissait vraiment pour que son petit chien devienne grand et fort, aussi parfait qu’il le voulait. Mais quand il en parle à ses amis, il se rend compte que même s’il avait pu atteindre la perfection souhaitée, il n’aurait pas encore été assez bien pour Papa.
Dans un cœur de chien la méchanceté, la manipulation comme disent ses amis, n’est pas réalisable. Une tête de chien ne comprend pas comment cela est possible et du coup a du mal à y croire. Il lui faut en parler, encore et encore, y repenser pour se rendre compte que sa vie passée a été réelle. Il lui faut regarder ce qu’il est devenu maintenant, supporter le poids des chaines sur sa nuque pour réaliser qu’il n’est pas encore libre, pas encore reconstruit.
Mais Snäll y croit, petit à petit il se sent plus libre d’agir, il ne se sent plus aussi triste et avec tout l’amour et l’affection qui l’entourent il pense qu’il arrivera au bout de sa route. Même si le chemin est long et douloureux, il y a : en bas d’une route, au détour d’un virage, un hectare…