Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

I-E-V : Intro-Extra-Version. Ici je vous livre mes états d'âme, mes joies ou mes déceptions...quelques photos...des textes...ma vie de tous les jours...journal intime ou thérapie en ligne?

Publicité

L’association.

 

Je fais partie depuis presque 2 ans, depuis le tout début en fait, d’une association : « Pluriel face à incestes et abus sexuels ». Le titre parle de lui-même.


J’en parle assez peu autour de moi et les rares fois où je le fais je me rends compte de la réticence des gens. En fait ce n’est pas de la réticence, c’est plutôt de la gêne. Ça dérange, ça perturbe mais ça interroge.


Je ne peux guère en dire plus que ce qui est marqué sur le site.

Récemment j’ai rencontré quelqu’un qui n’ose pas vraiment me poser des questions et  je me rends compte que je n’arrive pas vraiment à lui expliquer ce que je fais. Ici je lui réponds un peu.

Mais en écrivant je me dis que ce n’est peut être pas tant les buts et les moyens de l’association que ma motivation à en faire partie qui interroge.


Au départ, il y avait la future présidente de l’association : Joe, et il y avait celle qui fut ma première filleule : Mumu. Je parle pour moi. Pour Joe, il y avait, je crois, d’autres victimes rencontrées dans le cadre de son travail de psychanalyste  et qui ne recevaient pas le soutien nécessaire, qui souffraient de solitude, d’isolement, d’incompréhension et de tristesse.


J’avoue que ce problème pourtant majeur, ne faisait pas partie de mes préoccupations quotidiennes.  Surtout à l’époque, mon mari venait de partir avec celle que je prenais pour ma meilleure amie, je savais que de ce fait j’allais quitter mon entreprise et je ne savais pas à quoi mes lendemains allaient ressembler. Autant dire qu’à part mes soucis personnels, peu de choses m’intéressaient et me motivaient.


Mais Joe, en amie qu’elle est, ne me laissait pas dans mon coin et n’a pas hésité à me parler de son projet de créer une association. Elle m’a, dés le début, « recrutée » pour devenir marraine. Avec mes angoisses, mon manque de confiance en moi et tous mes complexes, je ne m’en sentais pas capable. On s’occupait de moi et je ne me voyais pas m’occuper des autres. Et encore moins de personnes dont les souffrances et les crimes subis m’étaient inconnus. Pourtant Joe, elle, avait confiance en moi et avant même la création officielle de l’association, je suis devenue la marraine de Mumu.


Nous nous connaissions déjà Mumu et moi, nous faisions toutes les deux partie d’un groupe de discussion généraliste, créé par Joe. Et nous discutions ensemble, Mumu de ses soucis, moi des miens ou d’autres sujets plus généraux. C’est d’ailleurs là que j’ai rencontré : Lui.

Lui qui d’ailleurs m’a dit récemment, qu’il n’était pas forcement besoin de vivre les choses pour les ressentir et savoir y répondre. Je confirme maintenant, avec le recul.


Au départ, Joe ne me demandait, ni plus, ni moins que de continuer à discuter avec Mumu via msn. Chaque soir, voir tous les après midi où je ne travaillais pas je discutais donc avec Mumu. Elle me parlait de ses problèmes, elle me disait ses doutes, elle me posait des questions sur ce qu’elle devait faire, elle me racontait son histoire et souvent elle pleurait et me faisait peur en me disant qu’elle voulait mourir.

Pour sa première tentative de suicide, je n’ai pas su quoi faire et c’est Joe qui a téléphoné aux secours. Rien de simple puisque Mumu ne vit pas en France.

La seconde grande peur que j’ai eu, a eu lieu un samedi où je travaillais jusqu’à 20h. En arrivant chez moi, comme à mon habitude, j’ai allumé mon ordi et consulté mes mails. Dans l’un Mumu me disait adieu, elle me disait qu’elle avait avalé tous ses médicaments. Son message datait de quelques heures et j’ai commencé à paniquer. J’ai parlé avec Joe qui m’a dit de téléphoner aux pompiers, ce que j’ai fait. Ils m’ont dit qu’ils allaient voir chez elle mais ensuite, je n’ai plus eu de nouvelles. J’ai passé mon week-end à attendre de voir Mumu se connecter. Finalement le dimanche soir, je n’en pouvais plus, j’étais persuadé que le pire était arrivé. Alors j’ai téléphoné à ma psy, elle m’a rassuré, car je culpabilisais bien sûr. J’étais sûre que si Mumu avait eu une autre marraine alors rien ne serait arrivé.

Malgré ses mots, l’incertitude me pesait toujours et j’ai pris mon courage à deux mains pour téléphoner à la mère de Mumu qui m’a dit qu’elle était à l’hopital, hors de danger. Ouff !


Un peu plus tard, l’association a été créée officiellement et d’autres marraines sont arrivées.

Je crois que finalement ce qui me motivait, c’était le fait de me sentir utile. Joe avait senti que j’avais besoin de ça, d’aider quelqu’un pour un peu moins penser à moi. Et c’est vrai que ça fonctionnait. Ça m’a aidé, ça ne m’a pas sorti de ma dépression mais ça m’a été utile autant, je l’espère, que ça a été utile à ma filleule.


Et puis autour, il y avait le pluriel. Des personnes plus confirmées que moi qui m’aidaient, me conseillaient pour être une « bonne » marraine. Et avec certaines d’entre elles, une véritable amitié est née, et ça c’est la cerise sur le gâteau !


Voilà ma motivation, je voulais m’aider moi même en aidant les autres. A l’époque ce n’était pas si clair mais je m’en rends compte maintenant.


Depuis j’ai eu d’autres filleules, croisé d’autres marraines et je continue. Je pense que je n’ai plus autant le besoin de me sentir utile, je ne suis plus si dépendante de l’affection des filleules. Maintenant je pense que j’ai pris du recul. Un temps, quand j’avais le temps justement, donc avant d’entrer en formation, j’ai même été « marraine référente ». Je participais à la formation des nouvelles marraines, je répondais à leurs questions… je suppose donc que j’avais plus de compétences que je ne pense puisque Joe m’a fait cette confiance.


Je crois que ce qui freine les gens avec qui j’en parle est qu’ils pensent me toucher personnellement en m’interrogeant sur mon implication dans l’association. Bien sûr que ça me touche, mais ça ne me renvoie pas à mon passé. Ça ne me fait pas de mal d’en parler.


Je me demande si certaines personnes n’ont pas peur de faire preuve d’une curiosité malsaine en m’interrogeant. Du moins, peut-être qu’ils imagineront que c’est ce que je pense. Mais non, je ne le pense pas. Au contraire, je répondrais aux questions avec plaisir.


Parfois on me dit que ça doit être dur et je crois que ça aussi ça surprend. Parfois, ce n’est pas facile, certaines situations ne sont pas simples et parfois le découragement et le sentiment d’impuissance sont forts.

On touche à un sujet un peu tabou, que la société préfère occulter et le plus dur n’est pas pour nous mais pour les victimes. Elles ont vécus l’horreur et on les blesse encore tellement souvent en les ignorants, en ne voulant pas les croire.

Depuis que je fais partie de l’association, je ne peux plus et ne veux plus les oublier. C’est aussi ce qui me porte maintenant.


Que dire de plus ? Il y aurait tellement à ajouter… mais ce sera tout pour aujourd’hui, pour expliquer un peu comment et pourquoi je suis arrivée là…

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
S
Michemin : contente et très touchée que tu sois venu lire ici, merci. <br /> <br /> Pommeliane : merci de ton passage, et je suis contente si j'ai pu répondre à quelques unes de tes questions. Bravo d'avoir écrit un livre sur le sujet, surtout pour les ados, j'espère qu'il aura eu du succès, il y a besoin de livres de ce genre.
Répondre
P
C'est précisément les réactions que j'ai rencontré lorsque j'ai écris mon second livre ("Le secret de Keiko") qui traitait d'inceste. Les gens sont gênés, ne savent pas quelle attitude prendre, et donc peu de réactions après sa sortie. J'en ai été déçu mais par vos mots, je comprends cette attitude. Merci pour cet article qui m'éclaire.<br /> bien cordialement,<br /> pommeliane
Répondre
M
c'est une première. la première fois que je lis un blog. j'ai bien fait d'attendre, car je suis heureux d'avoir commencé par celui-ci. <br /> j'en reste sans voix.<br /> ...
Répondre
S
Les grands esprits... ;-)<br /> Enfin tu vois, j'y suis toujours!
Répondre
P
Tiens c'est marrant, justement je me demandais hier où tu en étais avec ce soutien que tu apportes à d'autres, comment ça avait pris sa place ou pas dans ta nouvelle vie, ton nouveau rythme =^.^= <br /> C'est cool : j'ai mes réponses sans avoir demandé ! lol
Répondre